Le 29 Avr 2004 à 06:53 GMT,
GAD a écrit :

SAINT-LOUIS Les ravages d’un canal de délestage


SAINT-LOUIS Les ravages d?un canal de délestage

Construit à la hâte en octobre dernier pour «sauver Saint-Louis», le canal de délestage de la Langue de Barbarie fait craindre tous les dangers. Au cours d?une visite de presse organisée par le Groupe environnement presse (Grep) et le Fonds mondial pour la nature (Wwf) les 23, 24 et 25 avril dernier à Saint-Louis, des experts sonnent l?alerte.
- Le directeur régional de l?hydraulique de Saint-Louis, M. Ibrahima Diop, a reconnu que le canal de délestage appelé «brèche» construit sur la langue de Barbarie en octobre 2003 «pour sauver Saint-Louis des inondations» a été fait à la hâte. Ibrahima Diop a fait cette déclaration samedi à Saint-Louis, au cours d?une visite de presse organisée par le Groupe environnement presse (Grep) et le Fonds Mondial pour la nature (Wwf) sur les problèmes de l?environnement, notamment les menaces causées par ce canal. «Il fallait trouver une solution d?urgence pour sauver Saint-Louis des inondations. Voilà pourquoi nous avons réalisé ce canal dans la précipitation», a reconnu Ibrahima Diop devant les journalistes. Avec 4 m de large et 1,5 m de profondeur, cette «brèche» se trouve aujourd?hui au centre d?une controverse à cause des dommages causés à l?écosystème.
Quant aux pêcheurs ils jubilent du fait de l?accès plus facile à la mer que leur offre ce canal. En effet, ces gens de mer, notamment ceux du quartier de Guet Ndar, ramaient 40 km pour contourner la barre, dont l?élévation ainsi que les hautes vagues, était souvent à l?origine de graves accidents. En passant par le canal, juste 3 km suffisent pour gagner l?océan. «Nous saluons cette ouverture du canal que nous réclamions depuis longtemps. Maintenant, nous gagnons du temps et nous payons moins d?essence», se félicite Makhète Sène, un pêcheur de Guet-Ndar, qui reconnaît qu?il y a maintenant moins d?accidents. Le chef du service régional de la pêche, Mamadou Sy trouve, lui, que le canal a favorisé une bonne campagne de crevettes avec des captures estimées dans l?ensemble à 1t/j cette année, contre 250 kg/j dans le passé.
Cependant, même si les populations jubilent, les experts en environnement eux redoutent le pire. En compagnie des journalistes, ils ont, en effet, expliqué les dangers sur le nouveau paysage que présente Saint-Louis depuis la réalisation de ce canal qui, en quelques mois s?est élargi de 800 m. Conséquence : exposée à l?arrivée frontale des vagues, la mangrove qui protège les îlots abritant les villages de Dounbaba Dièye, Ndiawdoun, Ndialakhar, Tassinère, etc., commence à disparaître. Alors qu?auparavant, souligne Amadou Soumaré de Wwf, avec les phases de cassures naturelles qui survenaient sur la mer, l?ouverture de la brèche se colmatait par les dépôts de sédiments. Ce qui n?est plus le cas. Amadou Ndiaye, "Kata", expert en aménagement, voit une autre alternative. Dévier l?eau à partir du bras du fleuve de Bango vers les déversoirs naturels afin d?éviter l?intervention de l?homme sur la nature. Pour Ablaye Ndiaye de Wedlands International, une Ong chargée de la protection des zones humides et des oiseaux, «le problème de ce canal est qu?il n?y pas eu d?études pour mesurer ses conséquences».
Aujourd?hui, c?est l?écosystème qui en pâtit avec : le surcreusement des berges, l?avancée de la langue salée dans le Gandiolé et la prolifération des plantes aquatiques. Des choses jusque-là inconnues dans ces zones. Un brin d?espoir cependant : le démarrage des travaux du canal de Gandiol qui va stabiliser «la brèche». Pourvu que ce brin d?espoir ne tombe dans l?océan.

Par : Walf 290404



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