Le 20 Avr 2005 à 07:57 GMT+1, webmaster a écrit :

Témoignage de Henri Zisly

Et voici le témoignage de Henri Zisly (L'En Dehors n°66, 20 septembre 1925) :

Ma foi, oui, quant à moi j?estime qu?un individualiste (ou simple sympathisant), qui en a assez de l?existence et pour quelque raison que ce soit : persécutions gouvernementales ou familiales, maladies, infirmités, pessimisme, misère (ce dernier cas ne devrait pas se produire dans les milieux anarchistes de toutes tendances, la solidarité ne devrait pas être un vain mot? mais hélas !) a le droit de devancer l?heure de sa disparition matérielle, du moment qu?il en a jugé ainsi, après mûres réflexions.
Mais avant d?en arriver là, tout de même, il me semble bien qu?il est préférable d?attendre sa mort naturelle et d?essayer de vaincre les obstacles susceptibles de s?y opposer.
Mais nous ne sommes que de pauvres humains, après tout, et combien sensibles (surtout étant donné nos idées, nos sentiments) sommes-nous, et, comme tels, sujets à bien des faiblesses ! Et puis, n?oublions pas, outre le caractère, la question de tempérament, et, suivant son tempérament, un individualiste se suicidera ou attendra sa fin malgré certains ennuis venus l?assaillir.
Malgré tout, cramponnons-nous à la vie, il y a tant d??uvres susceptibles de nous occuper, de nous retenir?
Pourtant, celui qui est à bout? a droit à toute notre indulgence, si toutefois nous ne pouvons y apporter remède.
Pour illustrer cette thèse, nous allons citer quelques cas de suicides individualistes-anarchistes ou sympathiques sur un point quelconque, à nos conceptions.
Paul Robin, « l?homme de Cempuis », le néo-malthusien, ayant jugé inutile de poursuivre son existence, un beau jour, y mit fin par le suicide.
Paul Lafargue, le socialiste, auteur de la célèbre brochure Le Droit à la Paresse, fit de même.
Également, la citoyenne Sembat, douze heures après la mort de son mari (qui fut député et ministre socialiste pendant la guerre de 1914-18) Marcel Sembat, survenue à Chamonix le 5 septembre 1922. De même Léon Prouvost (« l?anarchiste millionnaire ») de Saint-Raphaël (Var), en 1921, harassé des persécutions gouvernementales.
Encore Émile Hureau, excédé des luttes à soutenir contre sa famille religieuse et aussi par misère, alors que ceux cités plus haut avaient de larges moyens d?existence.
Comme quoi différentes raisons conduisent au suicide.
Citons le petit anarchiste Gohary (dit Harmant) qui, paraît-il, se suicida ( ?) lors de l?affaire Germaine Berton.
Et puis voici maintenant Georges Palante. Il vaudrait mieux, je pense, que la liste soit close.
Quelques citations à ce sujet ne seront pas de trop, je crois.
Cette opinion de Ossip-Lourié, le critique philosophe :
« Chacun de nous, quel que soit le genre de vie qu?il mène, éprouve parfois le désir irrésistible de s?en aller. Mais ou ?
Tout le monde ne possède pas comme jadis Tolstoï une Iasnaïa-Poliana. Et encore, l?ordre intérieur VA-T?EN vous touche même à Iasnaïa-Poliana. Il faut être rattaché à quelque chose par des liens bien solides pour ne pas écouter la voix intérieure. « Poursuivi par l?idée du suicide, écrit Beethoven dans son TESTAMENT, peu s?en fallut que je n?attentasse à mes jours, l?art seul m?a retenu ». Tout le monde n?est pas Beethoven, mais chacun de nous a son art comme chacun de nous peut avoir un moment de folie. Mais s?il y a des hommes qui se tuent dans un accès de folie, ce n?est pas une raison pour affirmer que tous ceux qui se tuent sont des fous. Le suicide n?est pas toujours un acte de folie comme il n?est pas toujours l?acte suprême de l?intelligence ; mais très souvent il montre la désorganisation du milieu où il se produit.
Dans tous les cas, il vaut mieux attendre en beauté sa fin que de l?avancer. Quand elle n?est pas tragique ou trop assommante, la comédie humaine, sans être toujours souriante, est parfois amusante dès qu?on l?observe de loin. » (L??uvre, Paris, 10 mars 1923.)
Comme on le voit, c?est la note optimiste, mais il n?est peut-être pas toujours facile de la suivre.
Pour terminer ces lignes, voici l?opinion d?un écrivain justement estimé dans les milieux anarchistes, apôtre en même temps de la non-violence, à laquelle bien des camarades ne croient pas devoir se rallier, tout au moins entièrement.
« ? Ma patience, ma certitude de ne jamais recourir à la violence me paraît la plus chère, la plus humaine de mes conquêtes. Plutôt la mort, oui que l?amoindrissement volontaire, que le consentement à descendre une pente dont je sais qu?elle est glissante.
? Si le choix s?impose, un souriant et passif suicide me libérera d?une douleur qui me serait incurable? » - Han Ryner. ? (Le Réveil de l?Esclave, mars 1923.)

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