Le 18 Juin 2002 à 14:19 GMT+3,
www.liberation.fr a écrit :

Mbà vakio ny zava-misy: ahirato ny masonao

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http://www.liberation.fr/page.php?Article=35335

Le Malgache Ravalomanana tente d'asseoir son pouvoir

La France et l'OUA ont poussé Ratsiraka à quitter l'île.

Par Louis HENRIQUET

samedi 15 juin 2002

Antananarivo correspondance

Les plus fidèles partisans de Didier Ratsiraka ne croient pas à l'abandon de poste de leur «deba» ­ chef de bande en malgache ­ qui a quitté son fief politique de Toamasina jeudi en soirée, à bord d'un Airbus affrété par la France, pour Paris, où il est arrivé vendredi matin pour rejoindre son domicile, à Neuilly. «Qu'un amiral, fût-il d'opérette, quitte le navire en laissant ses hommes se dépatouiller sur le pont en plein naufrage...», s'inquiètent ses supporters. «C'est pas une fuite du tout, absolument pas. Si c'était une fuite, j'aurais pris un avion en catimini, je n'aurais pas pris cet avion officiel (...). Si j'abandonne maintenant, ce serait vraiment une désertion», s'est exclamé Ratsiraka à Paris dans un bref entretien sur TF1.

Mercenaires. Officiellement, le président sortant «va travailler à l'étranger à la recherche d'une solution à la crise malgache». Aussi ses adversaires ont-ils immédiatement pensé, «comme solution» , au recrutement de mercenaires ­ on parle cette fois de Libyens, après avoir évoqué des Algériens et des Nord-Coréens dont nul n'a vu trace en brousse ­, ou encore de l'achat de matériel militaire. En réalité, Didier Ratsiraka s'accroche moins à son pouvoir qu'à une sortie politique honorable que tentent de lui concocter ses pairs de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), engagés dans une médiation dont l'issue fera date.

Comment le club des autocrates africains, pour certains au pouvoir depuis trente ans comme Bongo au Gabon, peuvent-ils accepter sans y mettre des formes, que l'homme d'affaires richissime qu'est Ravalomanana, inconnu en politique, accède à la présidence de son pays avec des valises de résultats collectés par ses partisans, en disant : «J'ai gagné» ? C'est ce que se demande un diplomate africain en poste à Antananarivo.

Ralliement. Dans l'immédiat, Marc Ravalomanana, proclamé élu président de Madagascar, à l'issue d'un deuxième décompte de la Haute Cour constitutionnelle, se soucie moins de l'organisation panafricaine que de voir son pouvoir effectif s'affirmer sur l'ensemble du territoire. Avec le ralliement officiel, la semaine passée, de la grande majorité des commandements des forces armées, militaires et gendarmes, sa «reconquête de Madagascar» est en cours. Pour éviter toute effusion de sang, les stratèges militaires, avec seulement quelques blindés légers dépoussiérés et quelques centaines d'hommes ont d'abord «libéré» les provinces de Mahajanga, à l'ouest, et de Toliara, au sud, là où Ravalomanana pouvait compter sur des populations plutôt acquises à son entreprise d'éviction postélectorale de Didier Ratsiraka. Le rapport de forces est désormais à l'avantage de Marc Ravalomanana, sans être pour autant définitif : en 1993, l'amiral Ratsiraka avait déjà cédé le pouvoir et quitté son pays, avant d'y revenir triomphalement en 1996.

Une petite phrase de la déclaration de ce dernier avant son départ est cependant diversement interprétée : «Le peuple malgache est suffisamment grand pour qu'il ne soit pas nécessaire de lui tenir constamment la main.» Si Didier Ratsiraka a décidé, lui, de passer la main, il reste que son successeur devra faire face à des poches de résistance. A défaut d'y trouver les plus fidèles partisans du «président parti», que ce départ livre à eux-mêmes, c'est bien à l'est et au nord de l'île que se trouvent les plus irréductibles opposants du pouvoir d'Antananarivo et de Ravalomanana. Il lui reste deux provinces sur six à convertir.


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