Le 10 Sep 2006 à 08:01 GMT+1, Christian HUBER a écrit :
Le passé de Joseph RATZINGER
Joseph Ratzinger en Bavière : retour sur son passé controversé LE MONDE | 09.09.06 |
Des souvenirs, comme autant de vieux démons - la guerre, son passage aux Jeunesses hitlériennes, ses années chahutées d'enseignement -, accompagneront le pape, de Munich à Ratisbonne sur les routes de sa Bavière natale, du samedi 9 au jeudi 14 septembre.
Joseph Ratzinger est né le 17 avril 1927 à Marktl-am-Inn, la même année que l'écrivain Günter Grass qui vient de révéler à une Allemagne sous le choc son passé dans les Waffen SS. Les deux ont dû se plier au décret de 1939 enrôlant tous les jeunes de douze ans dans les Jeunesses hitlériennes. Leurs voies ont ensuite divergé.
Le futur Prix Nobel (1999), né à Dantzig (Gdansk, désormais), explique s'être porté volontaire, à 15 ans, non par amour des Waffen SS, mais pour servir dans un sous-marin et échapper à l'étouffant cocon familial. Quant au futur pape, en juillet 1943, il est mobilisé et affecté à la défense antiaérienne de Munich. Libéré un an plus tard, il est versé dans le Service du travail obligatoire dans le Burgenland à la frontière austro-hongroise. Dans Ma vie (1927-1977), Joseph Ratzinger raconte qu'il était terrorisé à l'idée d'être recruté par les agents de la Waffen SS. Séminariste et de santé fragile, le jeune Ratzinger aura beau jeu d'expliquer aux agents recruteurs de la Waffen SS que sa vocation n'est pas celle de l'uniforme militaire.
La différence avec le cas de Günter Grass réside surtout dans l'enracinement bavarois du futur pape. Un peu de connaissance de son passé familial et de la spécificité politique et religieuse de la Bavière auraient d'ailleurs suffi à éviter les commentaires entendus après son élection sur le présumé passé pronazi de Benoît XVI. Günter Grass est issu de la Pologne orientale sous la menace de l'Armée rouge. Joseph Ratzinger vient de la Bavière et, plus exactement, de ce courant austro-bavarois, francophile et catholique, qui alors damait le pion dans cette région à l'autre courant nationaliste et allemand.
A Traunstein - où le futur pape, fils d'un commandant de gendarmerie, a aussi vécu -, le parti nazi aux élections de mars 1933 ne rassemble que 31 % des voix (contre 46 % au niveau national), battu par le Parti populaire bavarois (BVP). Ce patriotisme bavarois ne fraie pas avec le nationalisme populiste, antisémite et antichrétien de Hitler.
Le jeune Ratzinger gardera le souvenir des attaques du régime contre l'école confessionnelle, les couvents, l'enseignement de la religion. Et c'est cet enracinement catholique bavarois qui lui vaudra d'être identifié à la Resistenz, cette forme de refus de la dictature nazie qui ne comprend toutefois aucune résistance active. Bien plus tard, en 1977, Mgr Ratzinger sera promu archevêque de Munich, successeur du cardinal Faulhaber, l'une des voix catholiques contre le régime nazi.
Auparavant, il avait subi une autre épreuve du feu. Après mai 1968, effaré par les sit-in contestataires à l'université de Tübingen (Bade-Wurtemberg) où il enseigne, le professeur Ratzinger bat en retraite à Ratisbonne. A cette époque, le Suisse Hans Küng, son collège, est très populaire. Ratzinger, lui, est chahuté. Dans ses mémoires, Küng, devenu le chef de file de l'opposition catholique à Rome, décrit le "choc durable" que fut 68 pour Ratzinger et le "refus viscéral de tout ce qui vient de la base" qu'il manifestera ensuite au Vatican.
Théologien progressiste à Vatican II, Ratzinger deviendra l'ennemi d'une interprétation progressiste des textes conciliaires. Et c'est en accord avec cette ligne que Jean Paul II, en 1981, viendra l'arracher à Munich et à la Bavière pour le nommer préfet de la doctrine de la foi. Avant qu'il ne lui succède il y a dix-huit mois. Henri Tincq